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Faire son deuil : continuer à vivre ne veut pas dire oublier

Lorsqu’on parle de deuil, on pense spontanément à la mort d’une personne que l’on aime. Cette absence définitive bouleverse nos repères. Elle nous oblige à imaginer une vie différente de celle que nous avions connue jusque-là.

Pourtant, faire son deuil ne concerne pas uniquement la mort.

Nous pouvons avoir à faire le deuil d’une relation après une séparation, d’un animal qui partageait notre quotidien ou encore d’un travail. La perte peut aussi concerner un projet, une capacité physique, une maison chargée de souvenirs ou une période de notre vie qui ne reviendra plus.

Le deuil commence chaque fois que nous devons accepter qu’une partie de notre vie ne reviendra plus telle qu’elle était.

Faire son deuil ne signifie pas oublier

L’expression « faire son deuil » peut laisser penser qu’il faudrait parvenir à oublier ou à passer à autre chose. On entend aussi souvent qu’il faudrait « tourner la page ».

Mais pourquoi faudrait-il tourner cette page ?

Les pages précédentes font partie de notre histoire. Elles racontent les personnes que nous avons aimées, les moments vécus et les projets construits. Elles racontent aussi comment ces expériences nous ont changé.

Faire son deuil, ce n’est pas effacer une page de son histoire. C’est accepter d’en écrire une nouvelle sans déchirer celle qui précède.

Lorsqu’une personne meurt, elle ne disparaît pas de notre histoire parce que nous recommençons à vivre. Elle peut continuer à exister autrement : dans nos souvenirs, nos habitudes ou ce qu’elle nous a transmis. Elle existe parfois simplement dans la personne que nous sommes devenus à ses côtés.

Quand continuer à vivre fait culpabiliser

Après la disparition d’un proche, les premiers moments de plaisir peuvent être accompagnés d’un sentiment étrange, voire douloureux.

  • On rit avec des amis, puis on culpabilise d’avoir ri.
  • On passe une belle journée, puis on pense à celui ou celle qui ne peut plus la partager.
  • On part quelques jours ou on retrouve le goût d’une activité. De nouveaux projets apparaissent et une question peut alors surgir.

« Ai-je le droit d’être heureux alors qu’il ou elle n’est plus là ? »

Cette culpabilité après un décès peut être particulièrement forte chez les personnes qui ont perdu leur conjoint ou leur conjointe.

Le couple avait construit un quotidien à deux : une maison, des habitudes, des projets, des vacances et une intimité. Il avait parfois construit toute une représentation de l’avenir.

Retrouver du plaisir peut alors donner l’impression de trahir la personne disparue.

Plus tard, la possibilité d’une nouvelle rencontre peut renforcer cette culpabilité. Aimer de nouveau peut donner le sentiment d’aimer moins celui ou celle qui n’est plus là. Certains peuvent même avoir l’impression de le ou la remplacer.

Pourtant, continuer à aimer la vie ne signifie pas aimer moins celui ou celle qui l’a quittée.

Une nouvelle histoire n’efface pas celle qui l’a précédée.

Faire son deuil, c’est rester dans la pulsion de vie

Faire son deuil ne consiste donc pas à oublier.

C’est progressivement retrouver la possibilité de vivre avec l’absence.

S’autoriser à rire sans culpabiliser. Ressentir du plaisir. Faire des projets. Aimer. Et parfois, lorsque le moment est venu, aimer de nouveau.

C’est retrouver cette pulsion de vie, cette force qui nous pousse à continuer malgré ce qui a été perdu.

Peut-être est-ce même l’un des plus beaux hommages que nous puissions rendre aux personnes que nous avons aimées. Continuer à vivre pleinement avec ce qu’elles ont laissé en nous.

Le souvenir n’empêche pas l’avenir et avancer ne signifie jamais oublier.

Existe-t-il vraiment des étapes du deuil ?

On entend régulièrement parler des « étapes du deuil ». Elles sont parfois présentées comme un parcours précis : déni, colère, marchandage, tristesse puis acceptation.

La réalité humaine est beaucoup moins ordonnée.

Le deuil peut avancer, reculer et sembler s’apaiser. Puis une date, une chanson, une odeur ou un lieu peuvent soudain réveiller l’émotion. Il peut aussi s’agir d’un événement que nous aurions aimé partager avec la personne disparue.

Certaines journées seront plus légères et d’autres beaucoup plus difficiles. Parfois, nous ne saurons même pas réellement pourquoi.

Il n’existe donc ni calendrier universel ni bonne manière de faire son deuil. Le deuil ne correspond pas davantage à une « to do list » dont il faudrait cocher les étapes une à une.

L’enjeu n’est pas de franchir correctement différentes étapes. Il s’agit plutôt de parvenir progressivement à intégrer la perte dans son histoire sans qu’elle empêche toute la suite de s’écrire.

Combien de temps faut-il pour faire son deuil ?

Il n’existe pas de durée universelle pour faire son deuil.

Chaque personne avance à son rythme. Son histoire, la nature du lien, les circonstances de la perte, son environnement et ses ressources influencent ce cheminement.

Vouloir imposer un délai peut même ajouter une souffrance supplémentaire : celle de penser que l’on devrait déjà aller mieux.

Le temps participe au processus de deuil, mais le temps seul ne fait pas toujours tout.

Le deuil ne concerne pas seulement la mort

Comprendre le deuil de cette manière permet de regarder autrement certaines périodes difficiles de notre existence.

Nous pouvons être confrontés à une perte alors même que personne n’est décédé. Ce qui disparaît peut être une relation, un projet, une situation ou un rôle. Il peut aussi s’agir d’une capacité ou d’une représentation de notre avenir.

Faire le deuil d’une relation amoureuse

Une séparation demande parfois de faire le deuil d’une personne. Mais il s’agit surtout de faire le deuil de la relation qui existait avec elle et de l’avenir imaginé ensemble.

Les souvenirs n’ont pas à être effacés. Cette histoire appartient à notre parcours et a participé à construire la personne que nous sommes aujourd’hui.

Mais se souvenir d’une relation ne signifie pas continuer à la faire vivre.

Raviver régulièrement les souvenirs ou entretenir la nostalgie peut maintenir une partie de notre énergie dans ce qui n’existe plus. Il en va de même lorsque l’ancien partenaire conserve une place affective importante.

Quand le passé continue d’occuper le présent

Ce phénomène n’est pas nécessairement conscient.

Se remémorer certains moments ne réactive pas seulement le souvenir des événements. Les émotions associées peuvent également revenir : tendresse, manque, nostalgie ou parfois idéalisation du passé.

Sans le vouloir, l’ancienne relation peut ainsi continuer à occuper une partie de l’espace affectif du présent.

Lorsqu’une nouvelle histoire se construit, cette présence répétée du passé peut créer une distance avec le nouveau partenaire. Celui-ci peut avoir le sentiment qu’une partie de la relation se joue encore ailleurs.

Faire le deuil d’une relation amoureuse consiste donc aussi à permettre à cette histoire de prendre pleinement sa place dans le passé.

Il ne s’agit pas de la renier. Il s’agit de libérer suffisamment d’espace affectif pour que le présent puisse prendre toute sa place. Une nouvelle relation peut alors construire sa propre énergie, ses propres souvenirs et sa propre intimité.

Pour qu’une nouvelle relation puisse prendre toute sa place, l’ancienne doit pouvoir prendre la sienne : dans notre histoire, sans continuer à habiter notre présent.

Faire le deuil d’un projet

Certains projets occupent une place considérable dans notre existence.

Lorsqu’ils deviennent impossibles, nous devons parfois renoncer au projet lui-même. Mais nous devons aussi abandonner toute la vie que nous avions imaginée autour de lui.

Un projet professionnel, une parentalité espérée, un déménagement, une maison rêvée ou un changement de vie représentent parfois bien davantage qu’un simple objectif.

Ils peuvent porter une partie de notre identité et de notre projection dans l’avenir.

Faire le deuil d’une situation professionnelle

Un licenciement, une reconversion ou un départ à la retraite peuvent bouleverser notre identité professionnelle. Une incapacité à poursuivre son métier peut produire le même effet.

Au-delà de l’activité elle-même, nous pouvons perdre un statut, un environnement social ou une certaine représentation de nous-mêmes.

Une question beaucoup plus profonde peut alors apparaître : « Qui suis-je maintenant que cette partie de ma vie s’arrête ? »

Faire le deuil d’une partie de soi

Une maladie, un accident, le vieillissement ou certains changements de vie peuvent modifier notre rapport à nous-mêmes.

Notre corps, nos capacités ou notre quotidien ne seront parfois plus exactement comme avant. Ce type de deuil touche directement l’image que nous avions de nous-mêmes et la vie que nous pensions pouvoir mener.

Faire le deuil d’une addiction

Même sortir d’une addiction peut comporter une forme de deuil.

Il faut parfois abandonner un comportement, un rituel ou un environnement présent depuis de nombreuses années. L’addiction pouvait également être devenue une manière de gérer certaines émotions, même si elle générait de la souffrance.

Renoncer à ce fonctionnement suppose alors de construire autre chose à la place.

Faire le deuil d’un animal

La disparition d’un animal peut provoquer une souffrance profonde.

Un animal partage parfois notre quotidien pendant dix, quinze ans ou davantage. Il accompagne des périodes importantes de notre vie et participe à nos habitudes. Sa place affective peut être considérable.

La douleur liée à sa disparition mérite donc elle aussi d’être reconnue.

La souffrance ne dépend pas uniquement de ce que nous perdons objectivement.

Elle dépend surtout de la place que cette personne, cet animal, cette relation, cette situation ou ce projet occupait dans notre vie.

Accepter ne veut pas dire approuver

Dans le deuil, le mot « accepter » peut parfois être mal compris.

Accepter une perte ne signifie pas considérer qu’elle est juste ou souhaiter qu’elle soit arrivée. Cela ne signifie pas davantage cesser d’en souffrir.

Il s’agit plutôt de reconnaître progressivement une réalité que nous aurions préféré différente.

Accepter, c’est intégrer que ce qui était ne reviendra pas exactement comme avant. Notre énergie peut alors progressivement cesser d’être mobilisée dans une lutte contre une réalité que nous ne pouvons plus modifier.

Quand se faire accompagner après un deuil ?

Certaines pertes viennent réveiller d’autres blessures. Les circonstances peuvent aussi rendre l’absence ou le changement particulièrement difficiles à intégrer.

La culpabilité, les regrets ou les non-dits peuvent maintenir une souffrance importante. Des images liées à un décès ou une rupture brutale peuvent également rester très présentes. Parfois, c’est simplement retrouver sa place dans sa propre vie qui devient difficile.

Dans ces moments, un accompagnement thérapeutique du deuil peut permettre de déposer ce qui fait mal et de mettre des mots sur ce qui a été vécu. Il peut aussi aider à travailler ce qui empêche de retrouver progressivement un mouvement vers la vie.

Comment l’accompagnement thérapeutique peut-il aider ?

L’accompagnement d’un deuil s’adapte à chaque personne, à son histoire et à ce qui reste particulièrement difficile à traverser.

La PNL peut notamment aider à travailler certaines représentations et la culpabilité. Elle peut également agir sur les pensées qui empêchent de se projeter à nouveau dans l’avenir.

L’hypnose peut permettre d’accompagner autrement les émotions liées à la perte. Elle aide aussi à mobiliser les ressources nécessaires pour retrouver progressivement un équilibre.

Lorsque la perte laisse des souvenirs particulièrement douloureux, certaines images peuvent continuer à s’imposer. La STILBIL®, approche inspirée de l’EMDR peut alors être utilisée pour travailler sur la charge émotionnelle associée à ces souvenirs.

Ces différentes approches ne servent pas à effacer les souvenirs ou à oublier la personne disparue.

L’objectif est plutôt de pouvoir penser à ce qui a été vécu sans être systématiquement submergé par la même intensité émotionnelle.

Se faire accompagner ne consiste donc pas à apprendre à oublier.

Il s’agit de donner à cette expérience une place plus juste dans son histoire. Progressivement, il devient alors possible de regarder de nouveau vers l’avenir.

Faire son deuil, c’est apprendre à continuer à vivre sans avoir besoin d’effacer ce qui a compté.

Lorsque la perte concerne une personne disparue, le souvenir peut continuer à nous accompagner.

Lorsqu’il s’agit d’une relation, d’une situation ou d’un projet, le chemin est différent. Certaines choses doivent pouvoir appartenir au passé afin que nous puissions investir pleinement ce qui existe aujourd’hui.

Nous n’avons pas besoin d’effacer les pages précédentes pour continuer à écrire les suivantes.

Faire son deuil, ce n’est pas oublier ce qui a compté.
C’est lui donner une place dans notre histoire sans renoncer à continuer à vivre.


Cédric Holié
Thérapeute à Cahors
Hypnose Ericksonienne · PNL · STILBIL® · Sexothérapie · Thérapie de couple

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