Philophrôsune : aimer le genre humain
Pourquoi pouvons-nous être bouleversés par la souffrance de personnes que nous ne connaissons pas ?
Les attentats du 11 septembre 2001 ont profondément marqué le monde. En 2004, le tsunami dans l’océan Indien a également provoqué une émotion immense. Puis, en 2011, le séisme et le tsunami qui ont frappé le Japon ont suscité un nouvel élan de solidarité internationale.
Pourtant, la plupart d’entre nous ne connaissaient aucune des victimes. Elles n’étaient ni nos amis, ni notre famille, ni nos proches. Certaines vivaient même à plusieurs milliers de kilomètres de nous.
Mais elles étaient, comme nous, des êtres humains.
C’est à partir de cette idée que je vous propose de poursuivre notre exploration des différentes façons d’aimer avec la Philophrôsune.
Après la Biophilie, qui nous invitait à considérer notre attachement à la vie sous toutes ses formes, notre regard se porte sur l’être humain.
De l’ensemble du monde vivant, nous passons au genre humain.
Philophrôsune : quelle est l’origine de ce mot grec ?
Le terme Philophrôsune vient du grec ancien φιλοφροσύνη (philophrosýnē).
Cependant, il serait inexact de le traduire simplement par « amour de l’humanité ». Dans les textes grecs, le mot évoque plutôt la bienveillance, la cordialité, l’amabilité et une disposition favorable envers autrui.
Cette notion est ancienne. On trouve notamment le terme chez Homère, Hérodote et Platon, puis chez des auteurs plus tardifs comme Plutarque.
Dans Les Lois, Platon utilise ainsi la Philophrôsune lorsqu’il aborde les relations entre les personnes. La notion s’inscrit alors dans une réflexion plus large sur la manière de vivre ensemble.
De son côté, le Liddell-Scott-Jones (LSJ), dictionnaire de référence du grec ancien, associe notamment philophrosýnē à des notions proches de la bienveillance et de l’amabilité.
Nous sommes donc bien face à un terme grec ancien. Toutefois, il faut distinguer son sens historique de l’interprétation contemporaine que nous allons lui donner dans cette série.
Platon, Aristote et la relation à l’autre
Les philosophes grecs ont beaucoup réfléchi à la manière dont les êtres humains vivent ensemble. La relation à l’autre occupe donc une place importante dans leurs réflexions.
Chez Platon, cette question apparaît notamment lorsqu’il s’intéresse à la cité, à l’éducation et aux relations entre les citoyens.
Aristote développe, quant à lui, une réflexion particulièrement riche sur les liens humains. Dans les livres VIII et IX de l’Éthique à Nicomaque, il consacre une large place à la philia, que nous retrouverons plus tard dans cette série.
Pour Aristote, les liens entre les personnes ne concernent pas seulement la vie privée. Ils participent également à la vie collective et à l’organisation de la cité.
Bien sûr, la société grecque antique reste très différente de la nôtre. Ces réflexions montrent que les relations humaines, la bienveillance et la manière de vivre avec les autres étaient déjà des sujets essentiels.
De la Grèce antique à notre société actuelle
Depuis l’Antiquité, notre perception du monde s’est considérablement élargie.
Autrefois, une grande partie de la vie relationnelle se construisait dans un territoire relativement limité. Aujourd’hui, au contraire, nous pouvons savoir presque instantanément ce qui se passe à l’autre bout de la planète.
Les voyages ont également rapproché les populations. De plus, la télévision, Internet et les réseaux sociaux ont profondément modifié notre rapport à la distance, réduit la taille du monde.
Ainsi, une catastrophe qui survient en Asie, en Afrique, en Amérique ou en Europe peut nous atteindre émotionnellement quelques minutes plus tard.
Notre relation à l’autre ne s’arrête donc plus à notre famille, notre ville, notre pays ou notre culture.
Pourquoi parler de Philophrôsune comme d’un amour du genre humain ?
Dans cette série, j’ai choisi d’utiliser la Philophrôsune pour explorer une idée simple : notre capacité à porter un regard bienveillant sur l’autre parce qu’il partage avec nous le même genre : le genre humain.
« Aimer le genre humain » est donc ici une lecture contemporaine et pédagogique de la Philophrôsune. Ce n’est pas sa traduction littérale en grec ancien.
Cette formulation nous permet néanmoins de répondre à la question qui guide toute cette série consacrée aux différentes façons d’aimer :
Qu’aimons-nous ?
Avec la Biophilie, nous nous intéressions au vivant dans son ensemble.
Avec la Philophrôsune, nous nous rapprochons maintenant de l’être humain.
Il ne s’agit pas encore de notre ami, de notre famille ou de notre partenaire amoureux.
Il s’agit simplement d’aimer l’autre, parce qu’il est humain.
Aimer le genre humain au-delà de nos différences
Nous n’avons pas besoin de partager les mêmes origines pour être touchés par ce que vit une autre personne.
Nos religions peuvent être différentes. Certains croient, tandis que d’autres ne croient pas. De même, nos cultures, nos langues et nos modes de vie peuvent parfois sembler très éloignés. Nous pouvons être occidentaux, orientaux ou vivre en Extrême-Orient. Nous pouvons habiter au Nord ou au Sud, dans un pays riche ou dans un pays pauvre.
Toutes ces différences existent. Elles participent à nos histoires, à nos cultures et à nos identités.
Pourtant, face à certaines situations, elles peuvent soudain passer au second plan.
Cette forme d’amour n’exige pas que nous nous ressemblions, ni même que nous soyons d’accord. C’est simplement se reconnaître dans une humanité commune, au-delà de ce qui nous sépare.
Cette capacité à reconnaître l’autre malgré nos différences intervient également dans nos relations plus proches. Elle prend notamment une place importante lorsque les incompréhensions apparaissent dans le couple. C’est l’un des sujets que j’aborde dans mon accompagnement en thérapie de couple à Cahors.
Quand la souffrance d’inconnus bouleverse le monde
Certains événements rendent cette humanité commune particulièrement visible.
Après les attentats du 11 septembre 2001, par exemple, des manifestations de deuil et de solidarité ont eu lieu bien au-delà des États-Unis.
Quelques années plus tard, le tsunami du 26 décembre 2004 dans l’océan Indien a provoqué un immense mouvement de solidarité internationale. Des États et des organisations humanitaires se sont mobilisés. Par ailleurs, des millions de personnes ont participé aux collectes et aux actions de soutien
En mars 2011, le séisme et le tsunami au Japon ont également suscité une émotion considérable dans de nombreux pays.
Bien entendu, ces événements sont très différents. Leurs causes, leurs histoires et leurs contextes ne peuvent pas être comparés. Cependant, ils nous permettent de poser la même question :
Pourquoi sommes-nous capables d’être bouleversés par la souffrance de personnes dont nous ignorons jusqu’au nom ?
Une partie de la réponse se trouve peut-être dans cette humanité que nous partageons.
De l’émotion à la solidarité envers des inconnus
Face à la souffrance d’autres êtres humains, l’émotion peut parfois conduire à l’action.
Ainsi, certaines personnes font des dons. D’autres deviennent bénévoles ou soutiennent des associations humanitaires. D’autres encore participent aux secours ou accueillent des populations touchées.
Ces comportements ne définissent pas à eux seuls la Philophrôsune. De nombreux facteurs peuvent expliquer notre envie d’aider. Ils illustrent néanmoins une capacité remarquable : nous pouvons nous préoccuper du sort de personnes avec lesquelles nous n’avons aucun lien personnel.
La distance géographique n’empêche donc pas nécessairement la proximité humaine.
Aimer le genre humain ne signifie pas aimer tout le monde
Une nuance est ici essentielle.
Aimer le genre humain ne signifie pas éprouver de l’affection pour chaque personne que nous rencontrons. Ce serait d’ailleurs confondre plusieurs formes d’amour que nous allons progressivement distinguer dans cette série.
Nous pouvons ne pas apprécier quelqu’un. Nous pouvons également être en profond désaccord avec ses opinions, ses choix ou son comportement.
Pour autant, le désaccord n’efface pas nécessairement notre humanité commune.
La Philophrôsune, telle que nous l’abordons ici, ne demande donc ni d’effacer les différences ni de nier les conflits.
Elle nous invite simplement à considérer quelque chose de plus fondamental : l’autre appartient au même genre humain que nous.
Cette question du regard porté sur l’autre traverse aussi les relations affectives et intimes. Elle rejoint ainsi certains thèmes que j’aborde en sexothérapie à Cahors, notamment autour de l’intimité, des différences et de la relation à l’autre.
De la Biophilie à la Philophrôsune : le cercle se resserre
Notre voyage à travers les différentes façons d’aimer a commencé avec la Biophilie.
Elle évoquait notre attachement à la vie, à la nature, aux animaux, aux végétaux ; au monde vivant qui nous entoure.
Avec la Philophrôsune, une nouvelle étape commence. Cette fois, notre regard se porte spécifiquement sur l’être humain.
La Biophilie nous permettait d’aborder notre attachement au vivant. La Philophrôsune nous conduit vers le genre humain.
Au fil des prochains articles, nous quitterons progressivement l’humanité dans son ensemble. Nous rencontrerons alors des formes d’amour qui concernent des personnes particulières.
Philophrôsune : se reconnaître dans une humanité commune
La Philophrôsune ne signifie donc pas que nous devons aimer chaque être humain.
Elle nous permet plutôt de réfléchir à notre capacité à être touchés par la joie, la détresse ou la souffrance de personnes que nous ne rencontrerons probablement jamais.
Ces personnes peuvent vivre à l’autre bout du monde. Elles peuvent parler une autre langue, avoir une autre religion ou appartenir à une culture très différente de la nôtre.
Malgré cela, quelque chose peut nous relier.
Avec la Philophrôsune, notre exploration de l’Amour rencontre le genre humain.
Pas encore l’ami, le parent ou l’amoureux.
Simplement l’autre. Un autre être humain.
Pour aller plus loin
Nos façons d’aimer, de nous attacher et d’entrer en relation peuvent parfois devenir sources de questionnements. Mon approche associe différents outils selon les besoins de chaque personne, notamment l’hypnose à Cahors, la thérapie de couple et la sexothérapie.
Vous souhaitez en savoir davantage sur mon accompagnement ? Vous pouvez consulter mon profil Cédric Holié sur Resalib et prendre rendez-vous en ligne.
